La mémoire des sources ? aux sources... de
mémoire.
Je suis comme l’enfant qui cherche après sa
mère,
Qui crie et qui s’arrête, effrayé de sa voix.
J’ai de plus que l’enfant une mémoire amère :
Dans son premier chagrin, lui, n’a pas d’autrefois.
Marceline
DESBORDES-VALMORE
Le tout commencement est
dans l’eau pure
une flamme qui monte
Sous la peau de l’air endormi
Un rêve qui prend feu
Philippe JACCOTTET
Tout près du lac filtre une source,
Entre deux pierres, dans un coin ;
Allègrement l'eau prend sa course
Comme pour s'en aller bien loin
Théophile
GAUTIER
Non, c’est le bruir de l’eau ! Mais si,
écoute
Ces voix qui nous appellent sur le fleuve.
Est-ce loin à l’avant, nous ne savons,
C’est comme s’il faisait jour dans cette
nuit.
Yves BONNEFOY
Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant
pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire
Louis
ARAGON
Du
rivage
Je t’ai vue nager
Au bout
d’un moment C’était moi cette eau
Que tu
traversais, Que tu caressais.
Eugène GUILLEVIC
Tes flots peuvent toujours s’alanguir sur ma
grève,
Me répéter ton appel d’ange
d’autrefois :
Mon temps n’est plus à perdre et j’élève ma
voix
Pour couvrir ces rumeurs d’un monde qui
s’achève...
Vital HEURTEBIZE
Soit que ton origine, aussi douce que toi,
T’ait fait une patrie un peu plus près de moi,
Je ne sais, mais depuis l’heure qui te vit naître,
Dans tout être créé j’ai cru te reconnaître ;
Alfred
de VIGNY
Au bord du ruisseau, ils virent une pierre
sur laquelle étaient tracés ces mots : « Ressemble à cette
source. » Les pèlerins lurent cette inscription, et se demandèrent quelle
en était la signification.
Léon
TOLTOÏ
Quand les fourrés du temps nous cèdent le passage
Quand l'herbe lente harcèle au bord les horizons
Plus profonds d'un présage Plus graves
d'une épreuve
Nous proférons des paroles qui relatent la source.
Andrée
CHEDID
Il y
avait un enfant pleurant près d’un ruisseau
Et le
vent riant dans les branches
Les
feuilles s’envolaient
Une larme tomba
Quel cri
en passant sur la rive
Faisait frissonner l’eau
Pierre REVERDY
De mes jours pâlissants le flambeau se
consume,
Il s’éteint par degrés au souffle du malheur,
Ou, s’il jette parfois une faible lueur,
C’est quand ton souvenir dans mon sein le rallume
Alphonse
de LAMARTINE
J’ai
godillé sans lanterne la traversée d’une enfance aux barreaux, traînant un
boulet de crachin et de pluies. J’étais une feuille d’automne prisonnière de la
gouttière. C’est beaucoup plus tard que je remontais avec le temps qui passe
les impassibles falaises de la mer qui grondait sans fin.
Philippe COURTEL
Enfin
un rivage fut signalé ; et nous vîmes, en approchant, que c'était une terre
magnifique, éblouissante. Il semblait que les musiques de la vie s'en
détachaient en un vague murmure, et que de ces côtes, riches en verdures de
toute sorte, s'exhalait, jusqu'à plusieurs lieues, une délicieuse odeur de
fleurs et de fruits.
Charles
BAUDELAIRE
La nuit était venue et la rue était sombre ;
L’homme marchait ; soudain, il s’arrêta dans l’ombre,
Stupéfait, pâle, et comme en proie aux visions,
Frémissant ! — Il avait dans la main des rayons.
Victor
HUGO
De toutes les sources du monde,
La seule que rien ne trahit,
Qui, par bouillons, s’élance et gronde,
C’est le sang coulant jour et nuit,
Louise
MICHEL
Ta
mémoire et tes sens ne seront que la nourriture de ton impulsion créatrice.
Quant au monde, quand tu sortiras, que sera-t-il devenu ? En tout cas, rien des
apparences actuelles.
Arthur
RIMBAUD
Est-ce que la commune mère,
Une fois son œuvre accompli,
Au hasard livre la matière,
Comme la pensée à l’oubli ?
Alfred
de MUSSET
Et la mémoire
comment est-elle faite la mémoire
de quoi a-t-elle l'air
de quoi aura-t-elle l'air plus tard
la mémoire
Jacques
PRÉVERT
Où vont tes pieds glacés, Source aux fraîches
délices ?
Où tes flots, à présent dans la mousse tapis,
Baigneront-ils au loin des champs mouvants d’épis ?
Où verras-tu frémir aussi dans tes opales
Le pin, et l’olivier que tordent les rafales ?
Théodore
de BANVILLE
L’autel gît sous la
ronce et l’herbe enseveli ;
Et la source sans nom qui goutte à goutte tombe
D’un son plaintif emplit la solitaire combe.
C’est la Nymphe qui pleure un éternel oubli.
José-Maria
de HÉRÉDIA
Que par le long fleuve on aille à la mer !
que par le nuage-pluie on retourne
à la source !
Toute vague cède à l’appel de l’estuaire,
et tout saumon à l’attrait du
retour.
François CHENG
Pleure comme si la rivière était entrée en toi
disent les gens de l’eau
Et laisse ta voix derrière toi pour mieux t’écouter par
temps de pluie
Vénus KHOURY-GHATA
J’aurai rêvé ma vie à l’instar des rivières
Vivant en même temps la source et l’océan
Sans pouvoir me fixer même un mince moment
Entre le mont, la plaine et les plages dernières.
Jules SUPERVIELLE

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